Le donnant-donnant…

Tu ne t’es jamais dit que nos vies ressemblent de plus en plus à des journées de trader, composées de millions de choses à faire mais surtout jonglant entre les échanges de bons procédés. Avec un mot régnant en maître : la compensation.

 

Majorité des échanges tournent autour de ce principe. On compense un mal pour un bien, la routine par des sorties divertissantes, une déception par un plaisir, le froid de nos hivers par de la raclette (avis pour le coup tout à fait personnel). Quoi de plus naturel. Sauf que cela s’est insidieusement installé dans nos relations de tous les jours et se constate jusque dans nos attitudes. N’as-tu jamais eu la curieuse impression de te retrouver en plein troc dès que tu émets une demande ?

Les premiers ayant compris le truc sont les entreprises, qui tenaient là un moyen de s’assurer notre fidélité.
Tu voyages… On t’offre des miles.
Tu fais tes courses… On t’offre des points.
Tu achètes… On t’offre des cadeaux.
Le souvenir des catalogues de nos grands-mères et des « précieux » bijoux accompagnant les commandes est encore bien présent. Autant dire que le « cadeau Bonux » ne date pas d’hier.
Cela aurait-il corrompu tout notre système de valeur(s) ?
Ne savons nous vivre en société qu’à travers l’échange ?
Si tu me donnes, je te donne (oui oui ça marche aussi pour certains clubs libertins, bande de coquins).
C’est le principe d’une société de consommation vas tu me rétorquer en souriant à demi. Certes. Le principe résidant sur : quand j’achète, je repars avec quelquechose. Du concret comme les carottes, ou de l’émotion comme une belle coupe de cheveux. Ce qui est attristant, c’est que même quand nous avons juste besoin d’un service, la maison ne fait pas crédit.

Jean-Bernard, pouvez vous me qualifier le fichier client pour demain ?
Poulette, tu m’prêtes ton sac de créateur pour le mariage de Pedro ?
Clarisse, tu peux m’emmener à l’aéroport dimanche ?

A chaque question, la réponse sera précédée d’une négociation, plus ou moins déguisée. Tu veux un exemple ? Jean-Bernard va demander une prime. Poulette va vouloir se servir elle aussi dans mon dressing. Clarisse va demander à emprunter le sac fièrement porté au mariage de Pedro.
C’est à se demander si pour toute action, on ne cherche pas à l’accompagner d’une conséquence bénéfique pour soi, comme un gagnant-gagnant à tous les coups. Pas forcement un jackpot mais une machine à sous qui rend au moins ta mise.
Jean Bernard pourrait se dire qu’apprendre à faire une qualification lui servira dans sa carrière, et les deux  compères se dire qu’un jour, elles auront, elles aussi, besoin d’un service ou d’un tour dans ton dressing (que tu leur aurais accordé même sans service rendu auparavant). Mais non. Il nous faut le deal maintenant. Comme s’il fallait être certain que nous aussi, nous y trouvons notre intérêt (pourtant la belle balade qu’est l’autoroute qui mène à l’aéroport est un vrai gain en soi).

Rien n’est gratuit en ce bas monde, y compris les actions désintéressées, qui semblent sous cet angle plutôt intéressées. Et une espèce est en voie d’extinction : ceux qui donnent sans attendre en retour. J’ai la chance d’en avoir autour de moi, tout n’est pas perdu.
Le concept de free-Hugs apparaît sous un jour nouveau maintenant. Concept non tarifé. Osons encore croire que le réconfort, lui, est gracieusement offert. Enfin… En sommes nous bien certains ?

Publicités

14 réflexions au sujet de « Le donnant-donnant… »

  1. J’ai un avis sur le sujet, alors j’en profite pour répondre. Attention, je dois généralement pas mal argumenter avant de bien faire comprendre ce que je veux dire. Mais ma vérité brute se résume ainsi : l’acte désintéressé n’existe pas.
    Alors bien évidemment, je ne parle pas de l’intéressement « concret », pas du retour immédiat à valeur exacte. Ce que je veux dire, c’est que même si je rends service sans rien attendre en retour, j’en retire quelque chose. De l’auto-satisfaction d’avoir été si gentille, du plaisir d’avoir fait plaisir. Mais jamais « rien ».
    Ma chère et tendre moitié, qui a du mal à accepter le concept, s’acharne à essayer de me trouver des exemples : Mère Thérésa, Soeur Emmanuelle (on est resté dans la religion professionnelle pour le moment). Ce à quoi je réponds.
    Extrait choisi:
    « Non mais elles le font pas pour rien.
    – Bah si. Elles demandent rien. Tu penses qu’elles le font pour quoi alors?
    – Pas pour de l’argent, pas pour la reconnaissance des gens qu’elles aident… mais parce que d’une manière ou d’une autre, elles en retirent quelque chose. De la satisfaction, de la bonne conscience, de l’impression d’être utiles…. QUELQUE CHOSE. Donc pas « rien ». CQFD »

    Vous avez le droit de ne pas être d’accord 🙂

    • J’ai tout lu. Je suis d’accord. Rendre service c’est aussi se faire plaisir ou se sentir utile tout simplement. Pour certains en revanche, c’est presque tactique, genre « je place mes pions ».
      Ce qui me choque, c’est que maintenant on deale dès le départ. Auparavant (je suis passée en programme « vieille conne » ^^), après avoir rendu un service, la personne revenait vers toi et tu rendais service à ton tour. La notion de contrat était implicite. Seulement aujourd’hui, on négocie directement. Tu n’as rien sans rien. On s’est habitué à tout obtenir de suite.
      Ca me rappelle un épisode de Friends…

      • En même temps, je faisais la cynique mais je suis tout à fait d’accord 🙂
        Surtout que moi je suis bien du genre à répondre « oui » avant de savoir de quel service il s’agit. Parce que j’aime bien qu’on fasse pareil.

  2. Ahaha tu mets le doigt sur quelque chose auquel je n’avais jamais pensé mais vers lequel je ne peux qu’abonder… T’es trop fortiche comme fille, toi !

    Sérieusement, on te demande un service et hop c’est suivi de :
    Ok mais… tu prendras mon tour de vaisselle, tu peux prêter ta montre…

    Je ne me laisserai plus avoir promis (mais plus personne ne voudra me rendre service)

  3. Tout à fait d’accord avec Chloé….Pour Soeur Emmanulle et Mère Thérésa, c’est simple : elles voulaient un billet gagnant à la droite de Dieu (bon, là je suis encore plus cynique je crois !).
    En province, je ne ressens pas vraiment la même chose, en fait…Ou alors, c’est que décidément, je suis bien trop naïve…
    Bon, mais…..ils sont passés où les cadeaux bonus, bordel?????

  4. C’est plus fort que moi d’offrir mon aide et je n’arrêterai pas, même si je peste et que je me sens trahie quand j’aurais besoin d’un service et qu’on ne me le rend pas. Qui sait, peut-être que ces services rendus ont permis de rendre d’autres services. Alors je peste, je chouine, j’ai une boule au ventre et puis ça passe. Tant pis. Ceux qui ne sont pas assez attentifs pour te tendre la main quand tu en as besoin sont les grands perdants de l’évolution personnelle. Et tout à coup, je me rends compte que je tiens un discours sans aucune humilité, alors je vais m’arrêter là. Mais tu aruas compris l’essentiel, chère pétasse.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s