Les enfants prodiges…

Je peux faire un énorme raccourci et te parler des mini-miss, que tu sais que j’exècre, car ces concours représentent ce qu’il y a de pire : le culte de l’apparence, la futilité, la vulgarité, l’extrême compétition. Toutefois derrière chaque miss, il y a des parents. Des parents qui poussent et qui cultivent l’obsession, voire même qui la vivent par procuration.

Beaucoup de parents veulent le meilleur pour les enfants. Ils souhaitent mettre toutes les chances du coté de leur progéniture, en leur donnant éducation, culture et/ou ambition. Parce qu’ils ont l’expérience de la vie et ont fait face à des difficultés, ils veulent armer leurs enfants le mieux possible.
Mais parfois certains s’égarent.
Au lieu de soutenir leur môme, ils l’entrainent. Cela s’apparente presque à du dressage. Ils lui ont trouvé une passion ou tout simplement une facilité, cela deviendra LA chose à développer. Un de tes parents devient ton coach officiel, souvent c’est la maman pour les mini-miss, ce sera celle qui te maquille comme une prostituée en fin de carrière, te confectionne ta robe de cabaret, t’achète tes collants résille et te fait répéter discours et danse lascive. Cela dit, ce n’est pas l’unique apanage des mères, les pères ne sont pas en reste. Tu as toujours un parent qui pousse et un qui suit. (tendre pensée pour Jordy).

Ton parent-leader-coach se fiche que tu aies mal aux pieds ou un coup de mou, il te remue, te provoque, te stimule pour que tu reprennes ta 37e partie d’échec du jour, entames ta 63e longueur de brasse coulée ou refasses ton pas de rock acrobatique encore une fois jusqu’à ce que ce soit parfait.
Quand tu regardes bien au fond de ses yeux, tu vois briller l’envie. Parce qu’il aurait voulu être champion de karting ou qu’elle a toujours rêvé de défiler sur scène. Tu es devenu la parfaite projection de ce qu’ils auraient voulu être. Tu incarnes leur rêve avorté. Il faut que tu sois l’enfant qui accomplira la destinée qui leur a été refusée.
Quelle pression pour un gamin.
Mais ils feignent de l’ignorer quand tu discutes avec eux. Ils trouvent normal d’encourager leur enfant, de l’aider avec quelques conseils avisés, de le soutenir dans ce qu’IL souhaite faire. Lui ? L’enfant ? Ce bout d’chou de 7 ans préfèrerait donc enchaîner les pas de danse sous l’oeil critique d’un cerbère inflexible plutôt que jouer avec des gosses de son âge ? Ah. Quelqu’un a pensé à lui demander, nan mais juste au cas où il ait un avis éventuellement…
Bien sûr que ta petite caille, à qui tu as vendu que cet énième essayage de robe la ferait ressembler à une princesse, va te suivre. Elle a envie d’être mimijolie avec une couronne et une robe avec des volants, c’est de son âge, mais plus que ça, elle a envie de te faire plaisir. Elle est bien là, la clé de cette relation. L’enfant « prodige », pour ne pas dire l’enfant « poussé » (je pense que nous avons tous un talent particulier, donc j’ai un peu de mal à dire « prodige » trop connoté élite), veut satisfaire ses/son parent(s), voir de la fierté, parce qu’il ne connait que ce mode de fonctionnement là, et sait que quand il gagne un concours/une audition/un casting, papa ou maman sera content(e). C’est ce que recherche chaque enfant au fond de lui. Même dans la provocation, même dans la lutte, chaque gamin ne veut qu’une chose, entendre de la bouche de ses parents qu’ils l’aiment et sont fiers de lui.

Un jour, j’aurai pu être une grande danseuse (peut être). Force de conservatoire et d’Opéra de Paris, je suivais la formation pour mais j’ai toujours eu le choix. Continuer ou arrêter. Quand je n’ai plus pris plaisir dans ce milieu, une discussion a suffit pour en sortir. Et je n’ai ressenti ni déception ni culpabilisation, ça me permet d’être sereine aujourd’hui, et ne rien regretter.
Il y a une nuance entre être poussé et être épaulé. La frontière est parfois fine, mais elle vaut le coup qu’on prenne le temps de ne pas la franchir. Je ne suis pas mère et pourtant cela sonne comme du bon sens. Un des premiers devoirs de parent est d’assurer à son enfant des bases et des valeurs solides, grâce auxquelles il se construira. Si on lui trace son parcours, décidant pour lui de son avenir, quelle marge a t-il pour s’épanouir et devenir lui ?

Un enfant ne doit avoir qu’un seul objectif : grandir. Le rôle de parent est de l’accompagner, lui faire profiter de notre expérience, le conseiller, l’orienter mais pas de décider à sa place de ce que sera sa vie. Et encore moins de choisir pour lui les couleurs de son fard à paupières et son rouge à lèvres.

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3 réflexions au sujet de « Les enfants prodiges… »

  1. Elle me fait peur la Barbie en haut à gauche… Bien d’accord avec toi, si tu veux achever de te retourner les tripes sur ce sujet, je te recommande le roman inspiré de faits réels « Ma soeur, mon amour » de Joyce Carol Oates, avec de vrais morceaux de mini-miss persécutée dedans !

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